Lewis Mumford (1895-1990) : seconde période

Critique technologique
Pittsburgh à l’époque de la révolution industrielle, vue depuis la rivière Monongahela. C’est d’abord en tant qu’urbaniste, et à partir des villes, que Mumford a élaboré sa réflexion sur le développement historique des techniques et sur leur emprise dans les sociétés humaines.

Dans Technics and Civilization (1934), Lewis Mumford développait une vision encore assez optimiste de l’ère néotechnique appelée à succéder à l’ère paléotechnique : grâce à l’électricité, qui devait succéder au règne destructeur de la machine à vapeur et à l’exploitation de l’homme par l’homme, il espérait voir venir une époque où la vie organique reprendrait ses droits et où, après la dureté de l’ère industrielle, l’humanité renouerait avec une croissance harmonieuse.

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Rachel Carson (1907-1964)

Critique de la technologie
Rachel Carson vers 1940, d’après une photo d’employée du US Fish and Wildlife Service (© Wikipedia Commons).

Rachel Carson est une biologiste marine et une vulgarisatrice scientifique américaine. Elle a fait l’essentiel de sa carrière au Bureau des pêches des Etats-Unis (« US Bureau of Fisheries », puis « US Fish and Wildlife Service »), pour lequel elle rédigeait des articles de vulgarisation, fondés sur des données rigoureuses, destinés à paraître dans la grande presse de l’époque. En 1951, elle publie The Sea around us, qui est un énorme best-seller et lui permet de devenir un écrivain reconnu. Suivent alors The Edge of the Sea (1955), ainsi que la réédition de Under the Sea-Wind, son premier livre qui datait de 1941. L’ensemble constitue une trilogie d’ouvrages sur la mer, qui sont autant d’hymnes à l’interdépendance de tous les êtres vivants, en particulier les poissons, les mollusques et les oiseaux marins. À la fin des années 1950, Rachel Carson se concentre sur la protection de l’environnement et sur les problèmes causés par des pesticides de synthèse, en particulier le DDT. Ceci la conduit à publier Silent Spring (1962), dont le retentissement aboutira quelques années après sa mort en 1964 à la création de l’« Environmental Protection Agency » (1970) et surtout à l’interdiction du DDT aux Etats-Unis (1972).

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Günther Anders (1902-1992) : sur la bombe

Critique technologique
Le centre d’Hiroshima après l’explosion de la bombe.

Die Antiquiertheit des Menschen, Band I: Über die Seele im Zeitalter der zweiten industriellen Revolution (1956)

Traduction française : L’obsolescence de l’homme, t. 1 : Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle (2002).

Le thème du 4e essai de l’ouvrage, qui est l’aveuglement devant l’apocalypse, a obsédé Günther Anders pendant la plus grande partie de sa vie. Dans la préface à la 5e édition, qui date de 1979, il écrivait :

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Georges Bernanos (1888-1948)

Critique technologique
Georges Bernanos vers 1940 (© Wikipedia Commons)

Ecrivain catholique et monarchiste, proche pendant un certain temps de l’Action française, et combattant volontaire de la Première guerre mondiale, Georges Bernanos illustre une fois de plus la variété des horizons politiques des auteurs technocritiques, et en l’occurrence la fréquence des critiques d’origine conservatrice. L’auteur de Sous le soleil de Satan (1926) et du Journal d’un curé de campagne (1936) a en effet publié en 1944 un petit ouvrage intitulé La France contre les robots, dans lequel il critique violemment la société industrielle, estimant que le machinisme limite la liberté des hommes et perturbe jusqu’à leur mode de pensée. Bernanos considère que la libre-entreprise, en satisfaisant les vices de l’homme plutôt que ses besoins, ne conduit pas au bonheur. Il rappelle que la concurrence universelle des entreprises peut plonger des familles entières dans la ruine du jour au lendemain. Fidèle à sa pensée nationaliste, il estime cependant que la civilisation française est incompatible avec l’idolâtrie pour la technique qui caractérise le monde anglo-saxon.

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Friedrich Georg Jünger (1898-1977)

Ecrivain allemand, frère cadet d’Ernst Jünger. Engagé volontaire dans la Première guerre mondiale, il est grièvement blessé à la bataille de Langemark (1914). Après la guerre, il étudie le droit et l’économie jusqu’en 1923, lorsque l’occupation française de la Ruhr l’amène à radicaliser son nationalisme. Il publie alors Aufmarsch des Nationalismus (1926) où il réclame un réarmement technique et idéologique de l’Allemagne sur le modèle de l’Union soviétique.

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Lewis Mumford (1895-1990) : première période

Critique technologique
Usines Oriol et Alamagny sur la rivière Gier et la rue Vignette à Lyon (circa 1885).

Lewis Mumford est un auteur non-universitaire qui a choisi de vivre comme un écrivain indépendant. D’abord spécialiste de l’histoire de la littérature américaine, il s’intéresse également très tôt au cadre bâti et aux techniques. C’est d’ailleurs dans le champ de l’architecture et de la planification urbaine qu’il connaîtra, notamment avec The City in History (1961), ses plus grands succès. Dans le domaine des techniques, il est notamment connu pour Technics and Civilization (1934), qui conserve un certain optimisme, et pour The Myth of the Machine, ouvrage nettement plus critique dont les deux volumes paraîtront en 1967 et 1970.

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Nicolas Berdiaev (1874-1948)

Critique technologique
Nicolas Berdiaev (© Wikipedia Commons)

Nicolas Berdiaev est un philosophe chrétien russe qui a publié de très nombreux ouvrages en russe, mais aussi en français, dans lesquels il souligne notamment l’importance existentielle et spirituelle de la liberté humaine et de la personne. Issu à l’origine d’une famille aristocratique d’officiers, il adhère à la philosophie marxiste en tant qu’étudiant à l’université de Kiev, mais voit dans la révolution d’Octobre une menace pour la liberté de l’individu. En 1919, il fonde une « Académie libre de Culture spirituelle », où il passe en revue les thèmes d’actualité d’un point de vue chrétien. Nommé en 1920 professeur de philosophie à l’Université de Moscou, il est très vite accusé de conspirer contre le gouvernement, incarcéré, puis expulsé d’Union soviétique (1922). Réfugié à Berlin, puis à Paris (1923), il y anime une nouvelle Académie de philosophie et de religion et publie l’essentiel de son œuvre, dont un petit opuscule intitulé L’homme et la machine (1933).

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Écran total: résister à la gestion et l’informatisation de nos vies

La critique technologique n’est ni nouvelle, ni isolée. En France, le réseau Ecran total dénonce et s’oppose depuis plusieurs années au basculement de l’entier de nos sociétés et de nos vies vers le modèle industriel. Nous nous devions donc de relayer son communiqué, sorte d’état des lieux aussi pertinent que nécessaire et alarmant. Merci à eux!

“Depuis 2011, un certain nombre d’éleveuses de brebis et d’éleveurs de chèvres désobéissent à la directive européenne qui les oblige à poser des puces électroniques à l’oreille de leurs bêtes. Ils refusent de gérer leur troupeau par ordinateur et de se conformer aux nécessités de la production industrielle, comme la traçabilité. Ils s’organisent entre collègues, voisins, amis, pour répondre collectivement aux contrôles qu’exerce l’administration sur leur travail, et faire face aux sanctions financières qui leur sont infligées en conséquence.

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Gina Lombroso (1872-1944)

Critique technologique
Gina Lombroso en 1892 (© Wikipedia Commons)

Gina Lombroso est une femme de lettres, médecin et vulgarisatrice scientifique italienne. Fille d’un célèbre anthropologue et criminologue, qui l’oriente vers l’anthropologie criminelle et la psychiatrie, elle acquiert une double formation en lettres et en médecine,. Elle publie par la suite une dizaine d’ouvrages, dont L’âme de la femme (L’anima della donna, 1917-18 ; tr. fr. 1924), qui lui vaut d’être considérée comme une féministe, bien que ses idées n’aient que peu de rapports avec le féminisme actuel. Elle mérite surtout d’être connue pour son ouvrage sur Les tragédies du progrès industriel, (Le tragedie del progresso meccanico, 1930), une étude historique et morale du monde industriel moderne dans laquelle elle développe une vision pessimiste de la grande industrie et de son avenir. La crise de 1929, survenue peu avant la parution de l’ouvrage, peut expliquer en partie, mais en partie seulement, la conviction de l’auteur que la grande industrie finira par décliner et par laisser la place à une société plus décentralisée et moins standardisée, on dirait aujourd’hui plus « conviviale ».

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