Contrer les apprenti·es sorcier·es de la 5G

Cet article est un entretien du journal Moins!, paru dans le numéro 52, mai et juin 2021

Le 23 février dernier, l’OFEV publiait à destination des cantons et communes l’aide à l’exécution relative aux nouvelles antennes dites adaptatives, brique manquante pour l’implantation du réseau 5G. Ce type d’antenne pourra ajuster la direction de transmission des données en concentrant les ondes sur les appareils connectés. La nouvelle directive permettra, grâce à une pondération sur six minutes de la puissance émise, de dépasser les valeurs limites inscrites dans la loi. Une comparaison routière serait de dire qu’il serait accepté de rouler à 250km/h, tant que la moyenne sur 6 minutes ne dépasse pas les 120km/h. Les opposants dénoncent une nouvelle entrave au principe de précaution et un forcing de la part de la Confédération. Nous avons souhaité
donner ici la parole à des personnalités ou associations impliquées dans le combat contre cette nouvelle technologie.

Antonio Hodgers,
Conseiller d’État genevois Les Vert-e-s


Moins!: Une partie importante de la population émet des doutes sur cette technologie: le canton de Genève va-t-il faire pression avec d’autres cantons pour empêcher ce qui ressemble à un déni de démocratie de la part de la Confédération? Oublie-t-on l’existence du principe de précaution inscrit dans la Constitution?


Antonio Hodgers: Oui, vous avez raison. J’ai aussi le sentiment que certains acteurs se sont lancés dans le déploiement de cette technologie tête baissée, en faisant fi des questions qui restent très largement ouvertes. Le canton de Genève a justement mis le principe de précaution au centre de son action sur ce dossier. En adoptant un moratoire pour toutes les nouvelles installations, un déploiement plus important de la 5G a été freiné. Tant au niveau politique que technique, nous demandons des explications et garanties de la Confédération qui joue, elle, clairement le jeu des opérateurs. Concernant la coordination entre cantons, cela est toujours utile bien sûr, mais on voit bien que les sensibilités sont différentes d’une région à l’autre. La marge de manœuvre est fine dans ce dossier qui est majoritairement de compétence fédérale, mais je peux vous assurer que tous les leviers utiles sont exploités.

M!: La 5G est par ailleurs la porte d’entrée vers l’internet des objets (IdO) ce qui va provoquer un large effet rebond lié à des besoins qui n’existent pas encore. La position d’un Conseiller d’État Vert ne serait-elle pas de freiner à tout prix ce développement alors que la Suisse n’arrive même pas à tenir ses engage-
ments climatiques sans 5G?

AH: En matière de connectivité, le monde en est encore au moto «plus c’est mieux». On sait pourtant ce que cette logique a provoqué comme déséquilibre planétaire sur la question du pétrole, de la déforestation, de la consommation de ressources matérielles, etc. La 5G, comme le numérique en général, bénéficie d’une image de faible impact carbone, alors que ce n’est absolument pas vrai! L’impact climatique du numérique est en train de dépasser celui de l’aviation. Dès lors, on doit aussi penser la connectivité – et le numérique en général – en matière de sobriété. Sans être techno-
phobe, la 5G va effectivement dans le mauvais sens.

M!: En plus de l’impact environnemental, la 5G pave la route d’un monde de plus en plus connecté où l’écologie pourrait même servir de prétexte pour une plus grande surveillance de la population: le capitalisme de la surveillance est-il en train de s’imposer?


AH: L’accès et l’utilisation de nos données privées ne datent effectivement pas d’aujourd’hui et il ne fait que monter en puissance. La sensibilité de la population elle aussi s’accentue sur ce dossier. En ce sens, le très large refus de la Loi fédérale sur les services d’identification électronique du 7 mars 2021 est assez révélateur. On voit bien que les citoyennes et citoyens veulent reprendre le contrôle sur certaines données personnelles dont ils estiment qu’elles doivent rester en main des autorités publiques. Maintenant, je ne crois pas que l’écologie en tant que telle soit un terrain particulièrement glissant en matière de surveillance. Elle représente par contre une opportunité pour «s’auto-surveiller» si je puis dire,
notamment en matière de consommation de biens de première nécessité, de loisirs ou de modes de déplacement. Une partie de la population serait certainement friande d’une application qui lui
indiquerait quels sont ses gros postes de production de CO2 pour adapter ses choix quotidiens et s’engager ainsi vers la neutralité carbone. Mais pas besoin de la 5G pour développer cela!

Olivier Bodenmann,
membre du collectif STOP 5G

Moins!: Que pensez-vous du récent passage en force de la Confédé-
ration? N’assistons-nous pas à un déni de démocratie?

Olivier Bodenmann: Oui et non! Non, car la Confédération n’est pas supposée nous consulter pour tout ce qui concerne les réseaux téléphoniques, en vertu de la loi sur les télécommunications qui lui donne les pleins pouvoirs. Mais en revanche oui dans le sens que la 5G n’est plus un «réseau téléphonique» mais vise de nouveaux secteurs qui n’ont rien à voir avec: robots, drones, voitures autonomes, smart city, etc.
Et oui encore avec la publication des «aides à l’exécution» concernant les antennes 5G, ce qui donne le droit d’émettre jusqu’à 10 fois plus et qui de plus spécifie les émissions sur une moyenne de six minutes, sans aucunement prendre en compte les valeurs instantanées, lesquelles ont des effets biologiques avérés.
On contourne les lois et même les ordonnances, sans respecter l’esprit de la loi qui est de préserver la santé de la population. On continue à ne pas prendre en compte les effets biologiques (stress oxydatif, etc…), en dépit de toutes les études disponibles.

M!: Le tour de passe-passe technique pour passer outre le débat sanitaire était pourtant prévisible. N’était-ce pas une erreur d’axer la campagne anti-5G uniquement sur l’aspect sanitaire sans s’en prendre frontalement au modèle de société qui sous-tend cette technologie?

OB: Nous n’avons pas axé notre argumentaire uniquement sur l’aspect sanitaire! Comme mentionné dans l’argumentaire sur notre site internet, nous avons identifié quatre raisons principales de dire non À LA 5G: l’aspect «effets biologiques et risques sanitaires» du fait des puissances augmentées et des limites déjà trop hautes;
l’aspect «impact environnemental énorme» dû à la construction de milliards d’objets connectés et du gaspillage de ressources que cela entraînera, de leur élimination problématique, du surplus de consommation énergétique vu la quantité de données supplémentaires qui sera générée;
l’aspect «inutilité», le 95% des gens étant satisfaits avec la 4G; la problématique de l’accroissement de la consommation de données pourrait être résolu autrement, par exemple en redirigeant sur le réseau fixe 80% des communications mobiles qui ont lieu en intérieur, ou en diminuant la priorité du streaming vidéo grand consommateur de données;
l’aspect «sociétal», la 5G représentant une porte ouverte à un monde robotisé et automatisé à outrance, ultra-surveillé, ultra-contrôlé, dans lequel les concepts de vie privée et de liberté n’auront plus aucun sens. Sans parler de la sécurité très discutable des données privées!
Attaquer de front tout un modèle de société comme la nôtre n’aurait eu aucune chance de succès.
Il n’en reste pas moins que le débat sanitaire sur la 5G n’est pas terminé, les récentes décisions de la Confédération étant juridiquement attaquables. Même le groupe d’experts BERENIS mandaté par la Confédération pour étudier l’impact de la technologie mobile reconnaît maintenant que les ondes de la téléphonie mobile provoquent du stress oxydatif dans nos cellules, entraînant toute une cascade d’effets négatifs, et que des personnes souffrant de certaines pathologies verront leur santé se péjorer. Le groupe des Médecins en faveur de l’environnement (MfE) dénonce «une augmentation des valeurs limites par une voie détournée». Affaire à suivre donc.

Nos Futurs,
collectif technocritique lausannois

Moins!: Les adeptes de la 5G défendent une continuité de l’évolu-
tion industrielle, pourquoi la refuser?

Nos Futurs: Nous proposons un regard critique plus large sur le système né de l’interaction entre science, technologie et industrie et sur l’aspect totalitaire de la technique. La technique se définit comme la recherche de l’efficacité. Les réseaux mobiles en sont un très bon exemple, puisqu’ils visent à rendre notre communication plus rapide et facile. Cependant, ce gain d’efficacité est poursuivi dans tous les domaines de nos vies, et ce indépendamment de toute autre considération. Ainsi, la 5G, avec son cortège de nouvelles activités connectées (domotique, internet des objets, télémédecine, etc.), promet plus de productivité et une meilleure santé, mais cela profite avant tout aux entreprises et États puisque ces technologies augmentent leur pouvoir sur les individus.
Cela nous aliène. On ne peut comprendre le chemin emprunté par nos données, ce qui met en danger notre liberté par la collecte de nos données et la surveillance. On se trouve dans l’impossibilité de fabriquer ou réparer par soi-même les appareils, ce qui nous rend dépendants des fabricants. Enfin, la croissance inévitable des systèmes dans lesquels on est pris conduit à l’épuisement effréné des ressources et à la dégradation du climat, ce qui limitera encore les possibilités de vie future.
Nous refusons donc la 5G, car celle-ci est justement une évolution du système techno-capitaliste. Il ne faut pas laisser le débat se limiter à l’effet des ondes, mais adopter un point de vue holistique pour le bien-être et la convivialité des communautés et individus. Voulons-nous vivre dans un monde encore plus totalisé, où humains et machines, réel et virtuel se confondent jusqu’à l’absurde?

M!: Les forces qui promeuvent la 5G semblent imparables. Que
reste-t-il comme outils de lutte à la société civile pour empêcher
que cette technologie soit imposée?

NF: Elle peut recourir aux démarches légales, aux actions directes de sabotage et au boycott. Mais il faut rester lucide. L’impératif technologique n’admet pas la critique. C’est pourquoi les autorités fédérales feront appliquer leur décision d’un laisser-faire en faveur de l’économie techno-capitaliste. Les appareils 5G et les services gourmands en données seront proposés par défaut, compliquant les résistances isolées. De plus, on finance les infrastructures dernière génération même en restant à la 3G!
Toutes ces voies de résistance méritent cependant d’être suivies, car elles mettent les gens en contact de manière créative et complémentaire. Il s’agit de sortir les gens de la passivité pour construire une culture de résistance indispensable pour démanteler le système technicien par la suite. Le droit de vivre des rapports humains simples et directs doit primer.

Jacques Ellul (1912-1994) : la technique comme système

En poursuivant sa réflexion sur la technique, Jacques Ellul a produit deux ouvrages supplémentaires : Le système technicien (1977) et Le bluff technologique (1988). Le premier vise à élaborer un modèle d’analyse théorique de la société moderne, basé sur l’idée que la technique forme désormais un système englobant, résultat de l’interconnexion croissante de tous les réseaux (banques de données, flux, productions, circuits de distribution, publicité etc.). C’est un phénomène que le développement de l’informatique promet encore d’amplifier. Dans le second ouvrage, Ellul étudie les dysfonctionnements du système technicien et de sa rétroaction, ainsi que les vaines tentatives de correction de ses propres erreurs. Sa thèse principale est que le système technicien, exalté par la puissance informatique, a échappé définitivement à la volonté directionnelle de l’homme.

“More More More More More Production”, affiche publiée vers 1942-43 par L’Office for Emergency Management US (National Archives at College Park, Maryland) (© Wikipedia Commons). Selon Ellul, le problème majeur n’est pas le capitalisme, mais le productivisme qui l’englobe.
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Un récit de l’essor de l’EPFL

L’école d’Ingénieurs comme créatrice de profits et pourvoyeuse d’emplois au travers du transfert de technologie

L’ École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) est devenue le centre de l’attention vaudoise dès les années 2000 et la présidence d’Aebischer. L’école est vue, par les yeux des politiciens aussi bien que ceux des patrons de l’industrie, comme le « moteur de croissance » du canton. Cet état de fait est la suite d’un développement historique. Ayant débuté comme une école affiliée à l’Université de Lausanne, elle n’a cessé de prendre de l’ampleur et d’intégrer de nouveaux domaines de recherche, en parallèle au développement technique du 20ème siècle. Ce développement de nouveaux domaines est aujourd’hui regroupé sous la dénomination d’innovation, véritable mot pivot du programme mené par l’état et l’industrie. Face aux enjeux environnementaux, médicaux ou encore sociaux, il s’agit de trouver des solutions qui puissent à la fois créer de la richesse et apporter une réponse à ces problèmes. Ainsi se développent de nos jours la robotique, les biotechnologies, l’informatique, les nanotechnologies, les sciences cognitives, les drones, la blockchain, l’intelligence artificielle et la réalité virtuelle qui représentent des domaines inexplorés, dont la transformation en produits permettrait un avantage compétitif, de la création de valeur en suisse face aux autres pays. Dans l’optique du groupe Nos futurs, qui remet en cause le bien fondé de ce solutionnisme technologique et financier face aux problèmes sociaux et environnementaux, ce texte présente, au travers de l’exemple de l’EPFL, le développement du système institutionnel de la recherche qui est devenu le pilier de notre société technocratique.

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Günther Anders (1902-1992) : l’obsolescence démultipliée

Paru en 1980, le second volume de L’obsolescence de l’homme rassemble des écrits composés en réalité entre 1955 et 1980. Günther Anders a reconnu qu’il s’agissait de variations sur le thème originel du décalage prométhéen, défini dans le premier volume comme l’écart entre l’homme et le monde qu’il a produit par le biais de la technique. Ce décalage est lui-même à l’origine de la honte prométhéenne, présentée comme l’écart entre ce que nous pouvons faire – détruire le monde – et ce que nous pouvons ressentir, soit cette sorte d’incapacité à saisir les conséquences du pouvoir que nous avons acquis sur la nature. Chacune des nombreuses variations sur ce thème montre la question sous une nouvelle lumière. A propos de ces textes, qui traduisent la radicalisation de ses réflexions philosophiques, Anders parle de « métamorphoses ».

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Günther Anders (1902-1992) : technique et histoire

Même s’il porte sur la « déshumanisation de l’humanité », le second volume de L’obsolescence de l’homme ne pouvait a priori guère aller au-delà du point où Anders considère le danger d’une disparition réelle de l’humanité. Son sous-titre porte néanmoins Sur la destruction de la vie à l’époque de la troisième révolution industrielle. Pour Anders, une nouvelle révolution industrielle est en effet survenue depuis le moment où les machines ont fabriqué d’autres machines, devenant ainsi des moyens pour d’autres moyens. Cette troisième révolution advient lorsque l’on considère ce qui est possible comme absolument obligatoire, et ce qui peut être fait comme devant absolument être fait. Ce stade industriel est définitif et irrévocable parce que même s’il ne conduit pas à la fin des temps, il ne pourra plus être suivi par un nouveau stade, de sorte qu’il restera pour toujours le temps de la fin. Cela signifie que les êtres humains vont conserver pour toujours leur nouvelle essence, même s’il s’agit en réalité d’un état artificiel dans lequel nous nous sommes plongés nous-mêmes. Seules des modifications à l’intérieur de ce système sont désormais susceptibles de se produire…

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Soirées à Pôle Sud

Nous avons le plaisir d’annoncer pas moins de quatre soirées organisées par le collectif qui auront lieu de janvier à mai à Pole Sud, av Jean-Jacques Mercier 3 à Lausanne:

  • 23 janvier 20h: Débat autour de la voiture autonome précédé d’une courte mise en scène en guise d’introduction (télécharger l’affiche).
  • 20 février 20h: Soirée musicale autour de cet art et la façon dont il est considérablement impacté par la technologie.
  • 10 avril 20h: Les fermes verticales, solution d’avenir? Projection d’un documentaire suivie d’une discussion.
  • 22 mai 20h: L’école d’ingénieurs, temple du progrès ou usine des inégalités? Conférence gesticulée à trois voix sur la doctrine et les réalisations de l’EPFL (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne).

Entrées libres et bar ouvert, venez nombreux! Davantage d’informations sur polesud.ch. Au plaisir de vous rencontrer à l’une ou l’autre de ces soirées.

Bientôt une réalité? Prenons maintenant le temps d’en discuter…

Jacques Ellul (1912-1994) : les horizons philosophiques de la technocritique

Après La technique ou l’enjeu du siècle (1954), Jacques Ellul publie Propagandes (1962), puis L’illusion politique (1965), dans lequel il décrit la politique comme une activité envahissante, à tendance autoritaire, mais aussi illusoire, puisque ce sont les techniciens qui opèrent en réalité les choix décisifs. Le citoyen moderne, explique Ellul, charge la politique d’organiser la société idéale car il est persuadé qu’elle peut résoudre tous ses problèmes. Mais si la politique est efficace en matière d’organisation bureaucratique, administrative et économique, elle ne permet pas en revanche de répondre aux besoins profonds de l’homme, en particulier le problème du sens de la vie et celui de la responsabilité devant la liberté. Parce qu’au fond nous ne voulons pas vraiment être libres et prendre les responsabilités qui sont les nôtres, nous demandons à l’Etat de nous donner ce que nous voulons. Autrement dit, puisque nous n’avons pas le courage d’assumer la question morale et éthique, c’est-à-dire de faire l’effort de chercher ce qu’est le vrai, le juste et le bien, nous chargeons l’administration de s’en occpuer pour nous. Ce faisant, l’homme devient le serviteur de l’Etat : il se déshumanise au profit « du plus froid des monstres froids ». Et malgré cela, la politique n’a pas, au bout du compte, le pouvoir de ses ambitions. Elle est illusoire.

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Ernst Friedrich Schumacher (1911-1977): la société duale et le développement

Dans les deux premières sections de son célèbre ouvrage Small is Beautiful (1973), Schumacher analyse de manière critique les tendances profondes du monde moderne et en particulier sa tendance à gaspiller les ressources. Il met notamment en évidence le rôle dominant et les lacunes d’une pensée économique qui ne se préoccupe que de production, même au détriment des besoins les plus essentiels de l’être humain. Il pointe aussi les lacunes d’une éducation orientée toute entière vers les moyens au détriment des fins. Ayant identifié la démesure technologique comme la principale responsable des tendances destructives des sociétés modernes, il plaide pour le développement de techniques à visage humain, techniques dites intermédiaires parce qu’elles se situent entre les outils primitifs et l’hubris technologique moderne, et qu’elles tiennent compte des limites humaines aussi bien que de la nécessité de préserver les équilibres naturels. C’est ce qu’il exprime par la formule demeurée célèbre : « Small is beautiful ». Continuer la lecture de « Ernst Friedrich Schumacher (1911-1977): la société duale et le développement »

Ernst Friedrich Schumacher (1911-1977): le monde moderne et ses ressources

            Statisticien et économiste allemand installé en Angleterre, E.F. Schumacher reste surtout connu pour sa défense de techniques décentralisées et à taille humaine, autrement dit pour la notion d’« intermediate technology » qu’il a développée dans Small is Beautiful (1973) et qui préfigure le concept de « low tech ».

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Alexander Grothendieck (1928-2014): la responsabilité du chercheur

Alexander Grothendieck en 1970. Photo Konrad Jacobs, Erlangen (© MFO: Mathematisches Forschungsinstitut Oberwolfach gGmbH).

Biographie

            Mathématicien de génie né à Berlin en 1928 d’un père anarchiste russe d’origine juive (Alexander Schapiro) et d‘une mère journaliste allemande (Johanna Grothendieck). Il prend le nom de sa mère en raison de la montée de l’antisémitisme. En 1933, ses parents quittent l’Allemagne pour la France, puis en 1936 pour l’Espagne, où ils se battent aux côtés des anarchistes. Le jeune Alexander est recueilli par une famille aisée, qui l’emmène à Paris rejoindre ses parents en 1939. Son père est ensuite enfermé au camp du Vernet, réservé aux exilés politiques, d’où il sera déporté et mourra à Auschwitz en 1942. La mère et l’enfant vont au camp de Rieucros, près de Mende, puis Alexander est hébergé dans une maison d’enfants du Secours suisse au Chambon-sur-Lignon. Il étudie ensuite au collège Cévenol, puis les mathématiques à l’Université de Montpellier (licence en 1948), enfin à l’ENS à Paris. Il soutient sa thèse à Nancy en 1953. Il passe ensuite deux ans à l’université de Sao Paulo puis se rend États-Unis, notamment à l’université de Harvard. Il visite ensuite de nombreux pays où il est invité comme mathématicien, mais, par conviction politique, refuse de se rendre dans l’Espagne de Franco.

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