Un accélérateur du désastre

En décembre 2015, les médias romands annoncent l’arrivée dans la région lémanique d’un « incubateur » ou « accélérateur » américain de start-up appelé MassChallenge. Soutenu localement par les industriels Nestlé et Bühler, ainsi que par le Swiss Economic Forum et le réseau Inartis, il organise un événement de lancement en février 2016 au Campus Biotech de Genève. On nous vantait déjà à longueur d’année les « jeunes pousses » créées à grand renfort de fonds et de fondations pour le « transfert de technologies » par de jeunes diplômé·e·s de l’EPFL (école polytechnique fédérale de Lausanne). Désormais, on passe au stade supérieur, avec ces dits accélérateurs qui seraient déjà légion dans le monde de la high-tech.

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Jacques Ellul (1912-1994): thèmes généraux

Historien, sociologue, théologien protestant et philosophe libertaire, Jacques Ellul est un penseur fondamentalement inclassable surtout connu pour ses réflexions sur la technique et l’aliénation au XXe siècle. Il est tout à la fois un théoricien marxien (plutôt que marxiste) de la révolution politique et sociale et un anarchiste chrétien considérant la Bible comme un livre libertaire et appelant au rejet des institutions. Adepte résolu de la résistance non-violente aux conformismes, aux lieux communs et aux sollicitations de l’environnement social, il accorde une importance fondamentale à la liberté. Son œuvre, qui est immense, ne peut être présentée ici qu’à travers des thèmes et des fragments choisis.

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Bernard Charbonneau (1910-1996)

Critique de la technologie
Bernard Charbonneau (© Wikipedia Commons)

Penseur français connu pour avoir dénoncé dès les années 1930 ce qu’il considérait être la dictature de l’économie et du développement. Dès 1935, il rédige avec son ami Jacques Ellul des Directives pour un manifeste personnaliste dans lequel il critique, au nom d’un idéal de liberté et d’autonomie, l’idéologie productiviste et techniciste qui anime tout autant le libéralisme que le communisme ou le fascisme et conclut par appel pour une cité ascétique afin que l’homme vive. Cette prise de position, et l’œuvre critique qui suivra, lui vaudront d’être considéré a posteriori comme un pionnier de l’écologie politique.

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Lewis Mumford (1895-1990) : seconde période

Critique technologique
Pittsburgh à l’époque de la révolution industrielle, vue depuis la rivière Monongahela. C’est d’abord en tant qu’urbaniste, et à partir des villes, que Mumford a élaboré sa réflexion sur le développement historique des techniques et sur leur emprise dans les sociétés humaines.

Dans Technics and Civilization (1934), Lewis Mumford développait une vision encore assez optimiste de l’ère néotechnique appelée à succéder à l’ère paléotechnique : grâce à l’électricité, qui devait succéder au règne destructeur de la machine à vapeur et à l’exploitation de l’homme par l’homme, il espérait voir venir une époque où la vie organique reprendrait ses droits et où, après la dureté de l’ère industrielle, l’humanité renouerait avec une croissance harmonieuse.

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Rachel Carson (1907-1964)

Critique de la technologie
Rachel Carson vers 1940, d’après une photo d’employée du US Fish and Wildlife Service (© Wikipedia Commons).

Rachel Carson est une biologiste marine et une vulgarisatrice scientifique américaine. Elle a fait l’essentiel de sa carrière au Bureau des pêches des Etats-Unis (« US Bureau of Fisheries », puis « US Fish and Wildlife Service »), pour lequel elle rédigeait des articles de vulgarisation, fondés sur des données rigoureuses, destinés à paraître dans la grande presse de l’époque. En 1951, elle publie The Sea around us, qui est un énorme best-seller et lui permet de devenir un écrivain reconnu. Suivent alors The Edge of the Sea (1955), ainsi que la réédition de Under the Sea-Wind, son premier livre qui datait de 1941. L’ensemble constitue une trilogie d’ouvrages sur la mer, qui sont autant d’hymnes à l’interdépendance de tous les êtres vivants, en particulier les poissons, les mollusques et les oiseaux marins. À la fin des années 1950, Rachel Carson se concentre sur la protection de l’environnement et sur les problèmes causés par des pesticides de synthèse, en particulier le DDT. Ceci la conduit à publier Silent Spring (1962), dont le retentissement aboutira quelques années après sa mort en 1964 à la création de l’« Environmental Protection Agency » (1970) et surtout à l’interdiction du DDT aux Etats-Unis (1972).

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Günther Anders (1902-1992) : sur la bombe

Critique technologique
Le centre d’Hiroshima après l’explosion de la bombe.

Die Antiquiertheit des Menschen, Band I: Über die Seele im Zeitalter der zweiten industriellen Revolution (1956)

Traduction française : L’obsolescence de l’homme, t. 1 : Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle (2002).

Le thème du 4e essai de l’ouvrage, qui est l’aveuglement devant l’apocalypse, a obsédé Günther Anders pendant la plus grande partie de sa vie. Dans la préface à la 5e édition, qui date de 1979, il écrivait :

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