Ernst Friedrich Schumacher (1911-1977): la société duale et le développement

Dans les deux premières sections de son célèbre ouvrage Small is Beautiful (1973), Schumacher analyse de manière critique les tendances profondes du monde moderne et en particulier sa tendance à gaspiller les ressources. Il met notamment en évidence le rôle dominant et les lacunes d’une pensée économique qui ne se préoccupe que de production, même au détriment des besoins les plus essentiels de l’être humain. Il pointe aussi les lacunes d’une éducation orientée toute entière vers les moyens au détriment des fins. Ayant identifié la démesure technologique comme la principale responsable des tendances destructives des sociétés modernes, il plaide pour le développement de techniques à visage humain, techniques dites intermédiaires parce qu’elles se situent entre les outils primitifs et l’hubris technologique moderne, et qu’elles tiennent compte des limites humaines aussi bien que de la nécessité de préserver les équilibres naturels. C’est ce qu’il exprime par la formule demeurée célèbre : « Small is beautiful ». Continuer la lecture de « Ernst Friedrich Schumacher (1911-1977): la société duale et le développement »

Alexander Grothendieck (1928-2014)

Alexander Grothendieck en 1970. Photo Konrad Jacobs, Erlangen (© MFO: Mathematisches Forschungsinstitut Oberwolfach gGmbH).

Biographie

            Mathématicien de génie né à Berlin en 1928 d’un père anarchiste russe d’origine juive (Alexander Schapiro) et d‘une mère journaliste allemande (Johanna Grothendieck). Il prend le nom de sa mère en raison de la montée de l’antisémitisme. En 1933, ses parents quittent l’Allemagne pour la France, puis en 1936 pour l’Espagne, où ils se battent aux côtés des anarchistes. Le jeune Alexander est recueilli par une famille aisée, qui l’emmène à Paris rejoindre ses parents en 1939. Son père est ensuite enfermé au camp du Vernet, réservé aux exilés politiques, d’où il sera déporté et mourra à Auschwitz en 1942. La mère et l’enfant vont au camp de Rieucros, près de Mende, puis Alexander est hébergé dans une maison d’enfants du Secours suisse au Chambon-sur-Lignon. Il étudie ensuite au collège Cévenol, puis les mathématiques à l’Université de Montpellier (licence en 1948), enfin à l’ENS à Paris. Il soutient sa thèse à Nancy en 1953. Il passe ensuite deux ans à l’université de Sao Paulo puis se rend États-Unis, notamment à l’université de Harvard. Il visite ensuite de nombreux pays où il est invité comme mathématicien, mais, par conviction politique, refuse de se rendre dans l’Espagne de Franco.

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Jacques Ellul (1912-1994): thèmes généraux

Historien, sociologue, théologien protestant et philosophe libertaire, Jacques Ellul est un penseur fondamentalement inclassable surtout connu pour ses réflexions sur la technique et l’aliénation au XXe siècle. Il est tout à la fois un théoricien marxien (plutôt que marxiste) de la révolution politique et sociale et un anarchiste chrétien considérant la Bible comme un livre libertaire et appelant au rejet des institutions. Adepte résolu de la résistance non-violente aux conformismes, aux lieux communs et aux sollicitations de l’environnement social, il accorde une importance fondamentale à la liberté. Son œuvre, qui est immense, ne peut être présentée ici qu’à travers des thèmes et des fragments choisis.

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Bernard Charbonneau (1910-1996)

Critique de la technologie
Bernard Charbonneau (© Wikipedia Commons)

Penseur français connu pour avoir dénoncé dès les années 1930 ce qu’il considérait être la dictature de l’économie et du développement. Dès 1935, il rédige avec son ami Jacques Ellul des Directives pour un manifeste personnaliste dans lequel il critique, au nom d’un idéal de liberté et d’autonomie, l’idéologie productiviste et techniciste qui anime tout autant le libéralisme que le communisme ou le fascisme et conclut par appel pour une cité ascétique afin que l’homme vive. Cette prise de position, et l’œuvre critique qui suivra, lui vaudront d’être considéré a posteriori comme un pionnier de l’écologie politique.

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Lewis Mumford (1895-1990) : seconde période

Critique technologique
Pittsburgh à l’époque de la révolution industrielle, vue depuis la rivière Monongahela. C’est d’abord en tant qu’urbaniste, et à partir des villes, que Mumford a élaboré sa réflexion sur le développement historique des techniques et sur leur emprise dans les sociétés humaines.

Dans Technics and Civilization (1934), Lewis Mumford développait une vision encore assez optimiste de l’ère néotechnique appelée à succéder à l’ère paléotechnique : grâce à l’électricité, qui devait succéder au règne destructeur de la machine à vapeur et à l’exploitation de l’homme par l’homme, il espérait voir venir une époque où la vie organique reprendrait ses droits et où, après la dureté de l’ère industrielle, l’humanité renouerait avec une croissance harmonieuse.

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Rachel Carson (1907-1964)

Critique de la technologie
Rachel Carson vers 1940, d’après une photo d’employée du US Fish and Wildlife Service (© Wikipedia Commons).

Rachel Carson est une biologiste marine et une vulgarisatrice scientifique américaine. Elle a fait l’essentiel de sa carrière au Bureau des pêches des Etats-Unis (« US Bureau of Fisheries », puis « US Fish and Wildlife Service »), pour lequel elle rédigeait des articles de vulgarisation, fondés sur des données rigoureuses, destinés à paraître dans la grande presse de l’époque. En 1951, elle publie The Sea around us, qui est un énorme best-seller et lui permet de devenir un écrivain reconnu. Suivent alors The Edge of the Sea (1955), ainsi que la réédition de Under the Sea-Wind, son premier livre qui datait de 1941. L’ensemble constitue une trilogie d’ouvrages sur la mer, qui sont autant d’hymnes à l’interdépendance de tous les êtres vivants, en particulier les poissons, les mollusques et les oiseaux marins. À la fin des années 1950, Rachel Carson se concentre sur la protection de l’environnement et sur les problèmes causés par des pesticides de synthèse, en particulier le DDT. Ceci la conduit à publier Silent Spring (1962), dont le retentissement aboutira quelques années après sa mort en 1964 à la création de l’« Environmental Protection Agency » (1970) et surtout à l’interdiction du DDT aux Etats-Unis (1972).

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Günther Anders (1902-1992) : sur la bombe

Critique technologique
Le centre d’Hiroshima après l’explosion de la bombe.

Die Antiquiertheit des Menschen, Band I: Über die Seele im Zeitalter der zweiten industriellen Revolution (1956)

Traduction française : L’obsolescence de l’homme, t. 1 : Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle (2002).

Le thème du 4e essai de l’ouvrage, qui est l’aveuglement devant l’apocalypse, a obsédé Günther Anders pendant la plus grande partie de sa vie. Dans la préface à la 5e édition, qui date de 1979, il écrivait :

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